L’open banking un nouveau monde : vraiment ?

En introduisant les directives sur les services de paiement (DSP) en 2015, la Commission Européenne poursuivait l’objectif d’établir un système bancaire européen plus ouvert en favorisant l’innovation à travers la collaboration entre acteurs historiques et nouveaux entrants, et capable de mieux garantir la sécurité des données. Voilà pour la théorie.

Plusieurs années après la DSP2, quelques mois avant la DSP3 (quel suspens !) ; état des lieux.

 Dans les faits, les banques constituent de véritables « catalyseurs » de données, en effet elles centralisent toutes les informations relatives aux opérations bancaires, aux virements, mais également aux dépôts d’argent : une vraie mine d’or ! Or, ces données sont aujourd’hui au cœur de l’économie digitale, ce qui permet notamment aux acteurs du secteur bancaire (néo et historiques) d’offrir des services personnalisés à leurs clients. C’est en tout cas la promesse faite par les FinTech (alliage de « Finance » et « Technologie » pour mémoire), ces jeunes entreprises innovantes qui visent à fournir des services financiers en s’appuyant sur les nouvelles technologies….et sur la données clients des acteurs historiques.

Avant l’arrivée de la DSP2, la majorité des acteurs de la place avaient évoqué l’émergence des fintechs par une menace de leurs parts de marché historiques. Mais très vite, l’Open Banking a su être vu comme une formidable opportunité gagant-gagnant, même si cela contraignant les établissements bancaires à partager les données de leurs clients (sous réserve de leur consentement) avec ces nouveaux acteurs. Les fintechs peuvent avoir la meilleure technologie du monde, l’application la aboutie du marché, sans la donnée clients, point de salut !

Alors que le moteur de l’Open Banking en Europe est principalement réglementaire, dans la plupart des pays asiatiques, la motivation est surtout d’ordre business…et ça change tout ! Alibaba, par exemple, ont pu créer des « superapps » qui fonctionnent comme des écosystèmes offrant solutions financières et extra-financières à leurs utilisateurs.

Dans les pays où les systèmes bancaires sont plus proches des pays européens, comme Hong Kong ou Singapour, les réglementations sont moins contraignantes que celles de DSP2, surtout, ces règlementations ne sont pas obligatoires (à l’image de l’étude en cours de la CNIL sur des recommadations d’usage des APIs en France). A Singapour, les réglementations prennent la forme de recommandations sur la mise en place de modèles Banking-as-a-Service et d’APIs. Par exemple, DBS Bank a développé la plus grande plateforme d’APIs bancaires au monde, avec plus de 200 APIs (en 2018 !) couvrant une diversité de services bancaires et extra-bancaires (beyond banking).

Le discours des régulateurs était initialement orienté vers la promotion de l’innovation et de la concurrence en faisant pression sur les banques en position dominante. Plusieurs années après, l’innovation a laissé la place à l’ouverture imposée, au minimum règlementaire en quelque sorte. Cela a aussi conduit les banques traditionnelles à adopter une attitude défiante vis-à-vis des Fintechs et des start-ups lors de l’introduction des réglementations, plutôt que d’explorer les opportunités de collaboration. A qui la faute ? Aux acteurs historiques, plutôt frileux, aux néo acteurs, pas assez proches des acteurs historiques ? Demandez à chaque typologie d’acteurs, ils vous répondront volontiers que c’est la faute de l’autre. Si vous n’osez pas demandé, inscrivez-vous à CAP IT pour assister à la table ronde et des conférences passionnantes autour, entre autre, de l’open banking !

Julien Bichon – Animateur conférences, congrès Cap IT

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